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Satyagraha, une ligne de conduite

26 janvier 2007, par Kah

Dans un numéro de Young India, Gandhi énumère les consignes qui doivent être respectées par tous les volontaires qui s’engageront dans la résistance non-violente. Ces commandements draconiens sont à replacer dans leur contexte de 1930 : la résistance non violente qui aboutira, après quelques années de lutte pacifique, à l’indépendance de l’Inde. Pourtant, l’action non-violente est aujourd’hui toujours d’actualité. Plus que jamais, en ces temps troubles, elle est une véritable alternative à la violence. Adaptez votre ligne de conduite à ces principes, et vous remarquerez quelle est sa puissance.

" Satyagraha signifie littéralement l’insistance à rechercher la vérité. Cette insistance arme celui qui a choisi cette voie d’un pouvoir incomparable. (...) La force qui doit être ainsi exercée ne peut jamais être physique. Par conséquent, la seule force d’application universelle ne peut être que celle de l’ahimsa, c’est-à-dire de l’amour. (...) "Un résistant civil souffrira joyeusement, même jusqu’à la mort. Il s’ensuit qu’un résistant civil, alors qu’il déploiera tous ses efforts pour préparer la fin du pouvoir en place, ne causera pas de tort, que ce soit par pensée, par parole ou par action, à la personne d’un seul Anglais. Cette explication nécessairement brève du satyagraha permettra peut-être au lecteur de comprendre et d’apprécier la valeur des règles suivantes :

"En tant qu’individu

" 1. Un résistant civil ne nourrira aucun sentiment de colère. " 2. Il supportera la colère de l’adversaire. " 3. Ce faisant, il endurera les agressions de l’adversaire sans jamais se venger ; mais il ne se soumettra, par peur d’un châtiment ou de quelque autre menace, à aucun ordre donné sous l’effet de la colère. "4. Si un représentant de l’autorité veut arrêter un résistant civil, celui-ci se soumettra volontairement à l’arrestation, et ne s’opposera pas à la saisie ou à l’enlèvement de ses biens, si tant est qu’il en ait, lorsque les autorités chercheront à les confisquer. " 5. Si un résistant civil a en sa possession un bien qui lui a été confié en dépôt, il refusera de se le laisser prendre, même s’il doit perdre la vie en le défendant. Cependant, il n’usera jamais de représailles. " 6. Le refus des représailles exclut tout juron et toute injure. " 7. Par conséquent, un résistant civil n’insultera jamais son adversaire, et n’utilisera aucun des nombreux slogans récemment forgés qui sont contraires à l’esprit de la non-violence. " 8. Un résistant civil ne saluera pas le drapeau britannique, mais ne l’insultera pas non plus, ni les fonctionnaires, qu’ils soient anglais ou indiens. " 9. Si, au cours de la lutte, quelqu’un insulte un fonctionnaire ou se livre à une agression contre lui, un résistant civil le protégera même au risque de sa vie.

"En tant que prisonnier

" 10. En tant que prisonnier, un résistant civil se conduira avec courtoisie envers les fonctionnaires de la prison et observera tous les règlements de la prison qui ne sont pas contraires au respect de soi ; par exemple, lorsqu’il saluera les fonctionnaires de la manière habituelle, il n’exécutera aucun geste humiliant et refusera de crier "Vive le gouvernement " ou tout autre slogan semblable. Il acceptera la nourriture proprement préparée et proprement servie lorsqu’elle ne sera pas contraire à sa religion et il refusera la nourriture servie de manière offensante ou servie dans des récipients sales. " 11. Un résistant civil ne fera aucune distinction entre un prisonnier ordinaire et lui-même, il ne se considérera en aucune façon supérieur aux autres et ne demandera aucun confort qui ne soit indispensable pour maintenir son corps en bonne santé et en bonne condition. Il est en droit de demander à bénéficier des commodités nécessaires à son bien-être physique et spirituel. " 12. Un résistant civil ne peut pas jeûner pour demander des commodités dont la privation ne porte aucune atteinte au respect de sa dignité.

"En tant que membre d’un groupe

" 13. Un résistant civil obéira joyeusement à tous les ordres donnés par le leader du groupe, qu’ils lui plaisent ou non. " 14. Dans un premier temps, il exécutera les ordres même s’ils lui paraissent offensants, hostiles ou stupides et, ensuite, il fera appel à l’autorité supérieure. Avant de rejoindre le groupe, il est libre de juger s’il lui convient, mais après l’avoir rejoint, c’est pour lui un devoir de se soumettre à sa discipline, qu’elle soit ingrate ou non. Si la somme totale du travail du groupe apparaît à un membre mal appropriée ou immorale, il a le droit de rompre son association avec lui, mais lorsqu’il en fait partie, il n’a pas le droit d’enfreindre sa discipline. " 15. Aucun résistant civil ne doit s’attendre à ce que l’on subvienne aux besoins de ceux dont il a la charge. Il ne serait pas normal de prendre une telle disposition. Un résistant civil confie ceux dont il a la charge aux mains de Dieu. Même dans une guerre ordinaire où prennent part des centaines de milliers de personnes, il ne leur est possible de prendre à l’avance aucune disposition. A plus forte raison, ne devrait-il pas en être également ainsi dans la résistance non-violente ? L’expérience universelle montre qu’à de telles époques on ne laisse pratiquement personne mourir de faim.

"Dans les luttes entre communautés

" 16. Aucun résistant civil ne deviendra intentionnellement la cause d’une querelle entre communautés. " 17. Dans le cas où une telle querelle survient, il ne se montrera pas partisan, mais il apportera son aide au groupe dont il peut être prouvé qu’il est dans son droit. S’il est hindou, il sera généreux envers les musulmans et les autres et acceptera de se sacrifier pour tenter de protéger les non-hindous d’une attaque des hindous. Et si l’attaque vient de l’autre camp, il ne participera à aucune représaille, mais donnera sa vie pour protéger les hindous. "18. Il fera de son mieux pour éviter toute occasion de déclencher des querelles entre les communautés. " 19. S’il y a un défilé des résistants civils, ils ne feront rien qui pourrait froisser les susceptibilités religieuses d’une communauté et ils ne participeront pas à d’autres défilés qui pourraient froisser de telles susceptibilités. "

Gandhi, The collected Works of Mahatma Gandhi, Ahmedabad, The Tublications Division, Ministry of Information and Broadcasting, Government of India, 1965, Vol.42, p491-493

P.-S.

Ces consignes données par Gandhi aux Indiens qui s’engagent volontairement dans le mouvement de désobéissance civile sont d’une extrême rigueur, parfois d’une grande dureté, tout particulièrement lorsqu’il parle de la discipline qu’ils doivent s’imposer. Mais, à ce sujet, quand il demande aux résistants civils d’obéir aux ordres " même s’ils leur paraissent offensants (insulting) ", ne faudrait-il pas venir lui rappeler qu’il existe un droit à l’objection de conscience qui autorise toute personne à refuser d’obéir à un ordre qui lui paraît injuste ?