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Le Couronnement d’Hailé Sélassié

9 octobre 2006, par Kah

Le début d’un culte, l’avènement d’un messie....ou simplement les fondements de la culture.

Tiré du livre de Helene Lee, "Le Premier Rasta"


" L’événement majeur c’est, en 1930, le couronnement de Ras Tafari comme empereur sous le nom d’Hailé Sélassié premier (« Pouvoir de la Trinité » ), roi des rois, seigneur des seigneurs, lumière du monde, lion conquérant de la tribu de Juda. Les cérémonies ont duré dix jours et ont eu un retentissement mondial. Soixante-douze pays ont envoyé des représentants. En cadeau, l’Angleterre a restitué à Hailé Sélassié un sceptre pris à l’Éthiopie par le passé. Au mois de juin 1931, le National Geographic sort un numéro consacré à l’Éthiopie - le deuxième en deux ans, c’est dire si ce coin d’Afrique est à la mode - avec des photos d’Hailé Sélassié dans son resplendissant costume du couronnement. Et le Daily Gleaner publie sa photo en première page. Aux yeux des Africains, toutes ces péripéties prennent la dimension d’une légende. Voici le récit qu’en fera Howell quelques années plus tard :

En 1930, le duc de Gloucester fut amené à s’acquitter de l’une des missions les plus intéressantes qui lui aient jamais été confiées. C’était à l’occasion du couronnement de Sa Majesté Ras Tafari, roi des rois, seigneur des seigneurs, lion conquérant de la tribu de Juda, élu de Dieu et lumière du monde. Le duc était chargé de représenter son père, le roi anglo-saxon. E remit à Sa Majesté Ras Tafari, roi des rois, seigneur des seigneurs, un sceptre en or massif de vingt-sept pouces de long qui avait été pris à l’Éthiopie il y a plusieurs milliers d’années. Le duc tomba à genoux devant Sa Majesté le roi des rois et lui parla d’une voix forte : « 0 Maître, Maître, mon père m’envoie pour le représenter, Monsieur. Il ne peut pas venir, mais il dit qu’il vous servira jusqu’à la fin des temps, Maître. » Ce qui était prédit au psaume 72, 9 à 11, et dans la Genèse, 49-10. D’un côté du sceptre était écrit : « L’Éthiopie doit toucher Dieu de ses mains » ; de l’autre : « Roi des rois d’Éthiopie ». Le sommet de la poignée était décoré d’un sceau et au-dessus était une croix dans laquelle était sertie une gemme écarlate […] . C’était une cérémonie extraordinaire, l’église commença à se remplir. […] Les hommes avaient des épées serties de pierres précieuses. Sur la tête, ils portaient des coiffes tressées d’or, sous lesquelles apparaissaient leurs crinières de lions. Les femmes, au contraire, étaient lourdement voilées. Leurs Majestés arrivèrent à la cathédrale dans un carrosse tiré par six chevaux arabes blancs. La reine Omega, dans sa robe d’argent, et son escorte montée sur des mules, les épaules drapées dans des peaux de lion, formèrent une procession devant l’église […]. On présenta au roi Alpha le globe et le sceptre, et des épées et autres emblèmesde sa charge. Des dignitaires des grandes puissances du monde offrirent au roi Alpha les trésors des océans. L’Empereur avait tenu à diriger lui-même les préparatifs pour recevoir ses milliers d’hôtes, et pendant des jours on avait pu le voir aller et venir dans sa voiture rouge pour surveiller le travail des employés blancs à qui il avait ordonné de construire une nouvelle route, la plantation des gazons et l’extension de l’éclairage public à toute la cité.

Pour pittoresque que soit, cette description n’en est pas moins conforme à la réalité, y compris en ce qui concerne Hailé Sélassié, croqué dans ses déploiements d’énergie inépuisable, veillant lui-même à l’exécution de ses ordres par ses « employés blancs » (pendant tout son règne, il fit appel à de nombreux ingénieurs et conseillers occidentaux). On remarque aussi l’image du « roi Alpha et de la reine Omega » reprise de Balintine. Est-ce Annie Harvey, la « missionnaire », qui a fait à Howell ce récit du couronnement ? De la petite bande, elle est probablement la seule, avec son mari, à y avoir assisté. Selon Henry Dunkley, un des premiers rastas, « Howell a tout copié sur les Israélites [le groupe d’Annie Harvey]. Il avait mis la main sur une photo du prince de la paix à son bureau de Paradise Street et l’avait reproduite ". » Cette photo du roi des rois, queue soit venue d’Annie Harvey, du Gleaner, des Black_7ews ou d’ailleurs, Howell en fera tout au long de sa vie de très nombreux retirages pour les distribuer à ses adeptes. Elle deviendra son emblème. À sa mort, il en avait encore une liasse - un peu floue à cause des reproductions successives - dans la petite valise en carton qu’il laissa en héritage.

L’homme aux larges épaules se tient sur la berge de l’île, sa petite photo dans la main, prêt à bondir. Pas un instant il n’a eu la velléité de chercher un travail. E a foncé droit devant lui - il sait où il va. IU n’a pas un regard en arrière vers la belle liberté de sa vie de nomade, l’aventure des ports et des cités. Comme Jake dans le livre de Mc Kay, il n’est plus « un étalon sauvage, mais un cheval de trait avec le mors dans sa bouche et la croupière sous sa queue - et il aime ça" ». Howell est désormais sous le harnais d’une inspiration plus puissante. Il est l’homme de Jah. "

Extrait du livre : "LE PREMIER RASTA" Helene LEE Paru chez Flammarion

P.-S.