L’ahimsa, seul chemin pour accéder à la Vérité
26 janvier 2007, par Kah
"Le chemin de la vérité est aussi étroit qu’il est droit. Il en est de même de celui de la non-violence. C’est comme si on se maintenait en équilibre sur le fil .d’une épée. En se concentrant. un acrobate peut marcher sur une corde. Mais la concentration requise pour marcher sur le chemin de la vérité et de la non-violence est beaucoup plus grande. La plus légère inattention vous fait tomber par terre. On ne peut comprendre la vérité et la non-violence que par un effort incessant. (...)
"Il paraît que c’est l’impossibilité de comprendre pleinement la vérité dans ce corps mortel qui a conduit un vieil homme qui cherchait la vérité à l’appréciation de la non-violence. La question a laquelle il était confronté était celle-ci : "Vais-je supporter ceux qui me créent des difficultés, ou vais-je les détruire ?" Le vieil homme comprit que celui qui continuait à détruire les autres ne progressait pas, mais restait simplement là où il était tandis que celui qui supportait ceux qui lui créaient des dïfficultés marchait de l’avant, et parfois même entraînait les autres avec lui. Le premier acte de destruction lui enseigna que la vérité qui était l’objet de sa quête n’était pas à l’extérieur de lui-même mais en lui. Par conséquent, plus il recourait à la violence, plus il s éloignait de la vérité. Car en luttant contre l’ennemi imaginaire a l’exteneur, il négligeait l’ennemi intérieur.
"Nous punissons les voleurs parce que nous pensons qu’ils nous tourmentent. Ils peuvent nous laisser tranquilles ; mais ils porteront seulement leur attention sur une autre victime. Cette autre victime, cependant, est également un être humain, c’est-a-dire nous-mêmes sous une forme différente, et nous nous trouvons ainsi pris dans un cercle vicieux. Le mal commis par les voleurs continue de grandir, puisqu’ils pensent que leur métier est de voler. En fin de compte, nous nous apercevons qu’il vaut mieux supporter les voleurs que de les punir. Peut-être même l’ indulgence les ramènera-t-elle à la raison. En les supportant nous comprenons que les voleurs ne sont pas différents de nous quils sont nos frères, nos amis, et qu’ils peuvent ne pas être punis. Mais si nous pouvons nous montrer indulgents envers les voleurs, nous ne pouvons pas endurer le mal qu’ils nous font. Cela ne ferait que nous rendre lâches. Nous découvrons alors un devoir plus exigeant. Puisque nous considérons les voleurs comme nos proches, il faut leur faire comprendre cette parenté. Aussi devons-nous nous appliquer à imaginer des méthodes et des moyens pour les gagner à nous. Voilà le chemin de la non-violence. Cela peut entraîner des souffrances continuelles et nous obliger à exercer une patience infinie. Si ces deux conditions sont remplies, le voleur ne manquera pas finalement de se détourner du mauvais chemin et nous aurons une vision plus claire de la vérité. Ainsi, pas à pas, nous apprendrons à nous lier d’amitié avec le monde entier ; nous comprendrons la grandeur de Dieu, de la vérité. La paix de notre esprit grandira en dépit de la souffrance ; nous deviendrons plus courageux et plus entreprenants ; nous comprendrons plus clairement la différence entre ce qui est éternel et ce qui ne l’est pas ; nous apprendrons à distinguer ce qu’est notre devoir de ce qui ne l’est pas. Notre orgueil se dissipera et nous deviendrons humbles. Notre attachement au monde diminuera et le mal qui est en nous diminuera également. (...)
" Le principe de non-violence est mis à mal par toute pensée mauvaise, par la hâte injustifiée, par le mensonge, par la haine, par le fait de vouloir du mal à quiconque. (...)
" Sans la non-violence, il n’est pas possible de chercher et de trouver la vérité. La non-violence et la vérité sont si étroitement enlacées qu’il est pratiquement impossible de les démêler et de les séparer l’une de l’autre. Elles sont comme les deux faces d’une même médaille ou plutôt d’un disque métallique lisse et sans aucune marque. Qui peut dire quel en est le revers et quel en est l’avers ? Cependant, la non-violence est le moyen et la vérité est la fin. Des moyens, pour être des moyens, doivent toujours être à notre portée ; aussi la non-violence est-elle notre suprême devoir et la vérité devient-elle Dieu pour nous. Si nous faisons attention au choix des moyens, nous sommes sûrs de parvenir tôt ou tard au but. Lorsque nous serons résolus à faire cela, nous aurons gagné la bataille. Quelles que soient les difficultés que nous rencontrons, quels que soient les échecs apparents que nous subissons, nous ne devons pas perdre confiance, mais nous devons toujours répéter ce montra : "La Vérité existe, elle seule existe. Elle est le seul Dieu et il n’y a qu’un chemin, il n’y a qu’un moyen pour la connaître et c’est la non-violence. Je n’y renoncerai jamais. Puisse le Dieu qui est la vérité, au nom duquel j’ai pris cet engagement, me donner la force d’y être fidèle."
Gandhi, Les lettres à l’Ashram, ou The collected Works of Mahatma Gandhi, Ahmedabad, The Tublications Division, Ministry of Information and Broadcasting, Government of India, 1965, Vol.44, p. 114-115
