Gandhi et le Christianisme
26 janvier 2007, par Kah
"Je vais vous dire quel effet l’histoire du Christ, telle qu’elle est racontée dans le Nouveau Testament, a eue sur l’étranger que je suis. J’ai commencé à connaître la Bible il y a environ quarante-cinq ans. Je ne pouvais pas trouver un grand intérêt à l’Ancien Testament. Mais quand j’arrivai au Nouveau Testament et au Sermon sur la Montagne, je commençai à comprendre l’enseignement du christianisme, et l’enseignement du Sermon sur la Montagne fît écho à quelque chose que j’avais appris dans mon enfance, à quelque chose qui me semblait une part de moi-même. (...)
" Cet enseignement était de ne pas se venger et de ne pas résister au mal par le mal. De tout ce que je lisais, ce que je retins pour toujours était que Jésus vint pour établir une loi nouvelle - bien qu’il ait dit qu’il n’était pas venu pour apporter une nouvelle loi, mais pour greffer quelque chose sur la vieille loi de Moïse. Eh bien, oui, il la changea de telle façon qu’elle devint une loi nouvelle : ne plus rendre œil pour œil et dent pour dent, mais être prêt à recevoir deux coups quand on vous en a donné un et faire deux kilomètres quand on vous a demandé d’en faire un. (...) C’est le Sermon sur la Montagne qui m’a fait aimer Jésus.
"J’ose dire que je n’ai jamais été intéressé par le Jésus historique. Peu m’importe si quelqu’un a prouvé que l’homme nommé Jésus n’a jamais existé, et si ce qui est raconté dans les Évangiles est une invention de l’imagination de ceux qui les ont écrits. Car le Sermon sur la Montagne serait encore vrai pour moi.
" Par conséquent, en lisant toute l’histoire sous ce jour, il me semble que le christianisme reste encore à être vécu, à moins qu’on ne dise que là où il y a un amour illimité et aucune idée de vengeance, c’est le christianisme qui est vécu. Mais alors il dépasse toutes les frontières et tout enseignement livresque. C’est quelque chose d’indéfinissable qui ne peut pas être prêché aux hommes, qui ne peut pas être transmis de bouche à oreille, mais du cœur au cœur. Mais le christianisme n’est généralement pas compris dans ce sens. (...)
" Bien que nous chantions : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre", il n’y a aujourd’hui ni gloire à Dieu ni paix sur terre. (...) Quand la paix véritable sera établie, nous n’aurons plus besoin de démonstrations, mais cela retentira dans nos vies, non seulement dans nos vies individuelles, mais aussi dans nos vies collectives. Nous pourrons dire alors que le Christ est né. Alors, nous ne penserons pas qu’un jour particulier de l’année est celui de la naissance du Christ, mais que celle-ci est un événement qui revient sans cesse et peut s’accomplir dans la vie de chacun. (...)
" C’est pourquoi, quand on souhaite un "Joyeux Noël" sans donner un sens à ces mots, ceux-ci ne sont rien de plus qu’une formule vide. Et à moins de désirer la paix pour tout être vivant, on ne peut pas la désirer pour soi-même. C’est un axiome tout à fait évident, comme les axiomes d’Euclide, qu’on ne peut pas être en paix à moins de désirer ardemment la paix universelle. Vous pouvez certainement faire l’expérience de la paix au milieu d’un conflit, mais cela ne peut arriver que si, pour résoudre ce conflit, vous donnez votre vie, si vous vous crucifiez vous-même.
" Et ainsi, de même que la naissance miraculeuse est un événement éternel, de même la croix est un événement éternel dans cette vie tourmentée. C’est pourquoi, nous ne devons pas penser à la naissance sans penser à la mort sur la croix. Le Christ vivant signifie une croix vivante. Sans elle, la vie est une vie pire que la mort."
Gandhi, The collected Works of Mahatma Gandhi, Ahmedabad, The Tublications Division, Ministry of Information and Broadcasting, Government of India, 1965, Vol.48, p. 437-439
